Cadrage disciplinaire

Cadrage disciplinaire

Plonger dans une discipline — la musicologie

Étymologiquement le lógos grec (λόγος — « parole, discours ») couplé au mot musique renvoie à toute production de connaissance faite autour de la musique. La musicologie comme discipline académique dans le champs des sciences humaines se traduit donc comme l’étude scientifique de la musique. Un chercheur qui participe à cette étude est un musicologue.

Chercher à étudier la musique plutôt qu’à la pratiquer invite à la travailler d’une manière différente, c’est l’apprécier comme sujet de connaissance plutôt que vécu expérienciel. Pourquoi chercher à la comprendre et non simplement à en profiter ? Après tout, au-delà du plaisir, pourquoi chercher à comprendre ?

« Plus vous en savez sur la musique, ses principes d’agencement, son contexte historique, plus vous l’appréciez. Je ne parle pas ici du plaisir originel provoqué par le son, mais de celui d’y ajouter de l’information couche par couche. » 1

Cette citation du musicologue Nicholas COOK éclaire notre interrogation naïve : il existe bien un intérêt en musique, autre que l’envie de la produire ou de la percevoir : aux côtés de l’intérêt de la pratiquer, c’est celui de la documenter, de la questionner, de pouvoir cerner ses tenants et aboutissants. C’est le rôle que se donne la musicologie.

Que savons-nous d’une musique ? De quoi est faite cette attente presque inconsciente de l’auditeur ? Qu’a-t-il acquis de la musique pour désirer tel enchainement ? Comment travaille le compositeur avec cette attente ? Quels procédés envisage-t-il dans sa production musicale ? Comment l’interprète se saisit-il de son instrument ? Quels sont les maniements engagés avec celui-ci ? Quelles techniques (au sens grec de tekhnè) incorpore-t-il pour et avec son instrument ? Les réponses à ces interrogations constituent déjà des connaissances sur la musique, mais elles demeurent pour les individus agissants encore implicites, incorporées, parfois même inconscientes.

Se dégage alors le rôle du musicologue par rapport au compositeur ou à l’interprète, ces deux derniers ayant une connaissance pratique, le musicologue la formalise en connaissance académique, scientifique et donc en données réfutables. La musicologie devient alors ce travail de reconstruction des connaissances portées par les compositeurs, interprètes et auditeurs d’une époque et d’un lieu donné : de quoi est faite cette musique, à quoi sert-t-elle, dans quels agencements sociaux progresse-t-elle ?

Une première hypothèse pour la musicologie pourrait donc être qu’il n’existe pas de musique qui puisse se passer de connaissances.

« Tous les peuples dont on peut dire qu’ils possèdent un art musical ont une science musicale ». 2

Cette citation de Guido ADLER est issue d’un texte fondateur pour la discipline, publié en 1885, dans lequel ALDER décrit l’objet de la musicologie comme la musique elle-même. La première instance du terme français 5 « musicologie » apparaîtra dans les Mélanges de musicologie critique de Pierre Aubry en 1900. 3

Le champs de la recherche en musicologie couvre aujourd’hui de nombreuses disciplines, qu’on catégorise communément en deux principales depuis ADLER, la musicologie historique et la musicologie systématique. La première s’intéresse à l’Histoire de la musique, à son contexte social et technique. La seconde porte davantage sur la compréhension des systèmes de la musique. Elle peut faire appelle aux sciences exactes, comme la physique et les mathématiques pour l’étude acoustique, rythmique ou harmonique. Au fil du XXe siècle de nouvelles sous-disciplines sont apparues comme l’ethnomusicologie, l’étude des institutions musicales, la sociologie de la musique, la psychologie cognitive, l’esthétique musicale ou encore la musicologie numérique.


  1. Nicholas COOK et Christophe DILYS, « Qu’est-ce que la musicologie ? », site de la Revue du Conservatoire. (consulté en ligne le 22/07/2022) ↩︎

  2. Guido ADLER, « Étendue, méthode et buts de la musicologie », 1885. (cité dans Nicholas COOK et Christophe DILYS) ↩︎

  3. Pierre AUBRY, Mélanges de musicologie critique : la musicologie médiévale, histoire et méthodes, Paris, Welter, 1900. ↩︎