Contexte scientifique
Rencontre de l’équipe porteuse du projet — l’équipe Théorie musicale, méthodes et pratiques analytiques
L’équipe de recherche Théorie musicale, méthodes et pratiques analytiques, dirigée par Christophe GUILLOTEL- NOTHMANN, est une équipe d’analyse musicale qui s’intéresse aux partitions de musique. Ce dernier présente l’analyse musicale comme « démarche analytique [qui] consiste à décomposer et à recomposer les éléments musicaux dans l’optique d’identifier et/ou d’étudier des unités et des catégories sémiotiques et d’en exprimer les relations formelles et combinatoires » 1. L’analyse musicale des partitions permet ainsi d’en examiner le genre, la forme, la structure, les indications de mouvement et de tempo, les tonalités, les enchaînements harmoniques, les formules cadentielles ou encore l’orchestration. Le travail peut aussi se focaliser sur la mélodie, les différentes voix polyphoniques, le rythme, les nuances, la dynamique ou encore les ornementations.
« Le projet scientifique de l’équipe est centré sur l’exploration des logiques inhérentes aux répertoires tout en reconnaissant que les modèles qui nous permettent de décoder ces logiques ont des implications scientifiques, historiques, socio-culturelles, pédagogiques, esthétiques, philosophiques qui situent l’analyse et la théorisation dans un réseau de connaissances complexe. » 2
Il ne s’agit non pas de trouver une structure profonde indépendamment d’un ancrage historique mais de mobiliser une trousse conceptuelle délimitée pour l’analyse. Cette approche historiquement située des partitions de musique diffère donc d’une approche structuraliste qui se décorèlerai du contexte et du choix des outils de l’analyse.
Plus spécifiquement, Christophe oriente ses recherche sur les interactions entre l’histoire du système musical et l’histoire des idées à l’époque moderne, la théorie et l’évolution du langage musical durant la Renaissance, la sémiologie de la musique, la modélisation de connaissances musicales ainsi que l’épistémologie de la musicologie numérique.
Dans la perspective de réfléchir sur ses méthodes, et de tirer partie des potentialités du numérique, l’ambition d’un projet mêlant informatique et musicologie autour de ce travail sur les partitions de musique a naturellement germé pour l’équipe. En effet pour Christophe, l’outil numérique « facilite l’interconnexion, la mise en série, la classification et l’exploration » de données. L’ambition serait d’arriver à développer un logiciel d’analyse musical qui puisse permettre de faire le lien entre la logique interne du langage musical et son contexte théorique, culturel ou esthétique. Cette recherche s’est finalement concrétisé au sein d’un projet de recherche d’envergure internationale, le projet Polifonia.
Polifonia — un projet européen autour de la musicologie
Le projet européen Polifonia a pour objectif de recréer les liens entre la musique et le contexte historique dans lequel elle est née, du XVIe siècle à nos jours. Une équipe internationale et interdisciplinaire développe un ensemble d’outils numériques qui permettront d’explorer et de mieux comprendre notre patrimoine musical. Informaticiens, musicologues, ethno-musicologues et anthropologues, linguistes, archivistes du patrimoine musical et professionnels de la création sont réunis pour développer des outils numériques de navigation, d’exploration, d’extraction, d’analyse et de mise en relation, destinés aux experts comme à un plus large public.
Ils permettront de découvrir l’évolution des musiques dans le temps et l’espace, mais aussi leurs liens avec les sociétés et les grands événements tels que les guerres, les révolutions, ou les pandémies. Comment étudier, pour mieux les préserver, des centaines de cloches séculaires ? Comment ressent-on la musique dans notre enfance ? Comment représenter les réseaux artistiques dans l’histoire de la musique européenne ? Autant de questions auxquelles s’efforce de répondre le projet Polifonia.
Tonalities — l’analyse numérique historiquement située des partitions de musique
Tonalities est l’un des dix pilotes du projet Polifonia, dont le travail doit aboutir entre-autre, au logiciel d’analyse musical imaginé plus haut. Ce pilote a pour objectif de mettre en lumière l’histoire du langage musical, tout en essayant de montrer à quel point la perception de cette évolution dépend des grilles de lecture théoriques, historiques et philosophiques adoptées. Tonalities se focalise sur une période particulière de la musique occidentale allant de la Renaissance au XVIIIe siècle et vise à retracer la naissance progressive de la musique tonale. En cherchant à éclairer les points de bascule et les points de rencontre entre plusieurs systèmes musicaux, les musicologues défendent l’idée qu’une même oeuvre musicale peut s’envisager à la fois dans sa modalité (modèle pré-tonal) et dans sa tonalité. Ce double ancrage théorique pourrait venir renouveler notre compréhension de cette période musicale.
Pour soutenir la pratique musicologique, le logiciel à développer doit embarquer des enjeux scientifiques, techniques et méthodologiques. Tout d’abord sur un niveau scientifique, l’enjeux premier est de pouvoir confronter des interprétations, représenter le dissensus pour parvenir à s’entendre sur le statuts des objets de la partition. « L’objectif n’est pas seulement de produire des observations quantifiables, mais aussi de concevoir des méthodes qui permettent de vérifier des hypothèses qualitatives et de confronter nos points de vue interprétatifs », souligne Christophe GUILLOTEL-NOTHMANN. Un second enjeux scientifique, qui est une condition pour le premier, est de garantir la traçabilité en constituant des jeux de données ouverts qui explicitent le contexte de production des données : hypothèses de travail, questions de recherche, cadrages théoriques, démarches scientifiques.
« D’après Nattiez, « On ne peut pas représenter une pièce [musicale] par un schéma unique. ». La partition est alors une ressource inépuisable de découpage pouvant donner lieu à la construction de points de vue multiples. »3
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Christophe GUILLOTEL-NOTHMANN, Les signes musicaux et leur étude par l’informatique. Le statut épistémologique du numérique dans l’appréhension du sens et de la signification en musique, Revue musicale OICRM, 2020. ↩︎
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Christophe GUILLOTEL-NOTHMANN, « Projet scientifique, Les structures internes et leurs modélisations » (consulté en ligne le 17/08/2022) ↩︎
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Thomas BOTTINI, Instrumenter la lecture critique personnelle multimédia, thèse de doctorat, Université de technologie de Compiègne, 2010. p. 35 ↩︎