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Je voulais écrire, je voulais m’y mettre. La veille, je me disais : demain, c’est le grand jour, il faut te lever tôt, te lancer, et à midi tu vogueras déjà sur la pleine mer de l’écriture. Mais, rien. Je me levais, je vidais ma tasse de café, elle pesait lourd dans ma main. Je ne sentais en moi qu’une mort précoce. Alors, défait, je me recouchais. Un jour, j’ai eu une illumination. « Si tu n’y arrives pas, c’est que tu manques de modèles. Cesse de broyer du noir. Examine plutôt les cabinets de travail, les lieux où de grands écrivains ont écrit de grandes oeuvres. J’ai suivi mon conseil. Chez un tel, j’ai vu qu’il y avait une petite cage avec un oiseau et j’ai acheté une petite cage et un canari. Puis, chez d’autres, c’était une grande carafe d’eau. Chez d’autres encore, des crayons tout frais taillés, soigneusement alignés sur la table. Un buste en plâtre de Voltaire. Une photo de Marcel Proust dans un petit cadre. Un chat empaillé. Quand j’ai su que Schiller, le grand poète et dramaturge allemand, entassait dans son bureau des pommes de terre pourries dont, disait-il, l’odeur stimulait son imagination, j’ai couru chez l’épicier. Mais tout cela finalement n’a pas servi à grand chose. Il vaudrait mieux admettre que je suis un écrivain raté.